MGA devra verser 100 millions de dollars à Mattel

pour avoir copié l'une de ses poupées

 

 

Ébranlée par le succès phénoménal de la poupée "Bratz", arrivée sur le marché à l'automne 2001, "Barbie" a obtenu réparation. Mardi 26 août, les juges du tribunal de Los Angeles ont accordé à Mattel, fabricant de la célèbre poupée, 100 millions de dollars (68 millions d'euros) de dédommagements pour violation de la marque par son concurrent MGA, créateur de la "Bratz".


Le procès opposant les deux marques s'était ouvert au mois de mai, en Californie.

Mattel accusait son concurrent de lui avoir dérobé les croquis de la poupée, "aux grosses lèvres", comme on la surnomme dans le milieu du jouet, qui a fait la fortune de MGA.

Dans cette bataille, Mattel avait déjà gagné une première manche.

Le 18 juillet, les juges de Los Angeles avaient estimé que Carter Bryant, le styliste de MGA, n'était pas le propriétaire légitime des croquis utilisés pour faire naître la Bratz.

Ancien cadre de Mattel, où il a travaillé entre 1999 et 2000, M. Bryant serait arrivé chez MGA avec des dessins destinés à son ancien employeur.

Selon Mattel, ces croquis avaient été imaginés dans le cadre du lancement de la gamme de poupées "My Scene" censées rajeunir la marque, et commercialisées en 2002.

Isaac Larian, PDG de MGA, a indiqué qu'il ferait appel de la décision.

Mais, sauf nouveau rebondissement, Mattel s'estime vainqueur de ce combat.

Et ce même si le montant de 100 millions obtenus reste loin du 1,8 milliard de dollars initialement réclamés par le groupe.

"Mattel a entamé ces poursuites surtout pour une question de principe", a ainsi relativisé Robert Eckert, le PDG de Mattel, à l'issue de la décision, "satisfait" que le jury ait envoyé "un message fort" à l'encontre de MGA.

"Ils veulent que les entreprises se battent sur le marché et non devant les tribunaux", a-t-il précisé.

Le leader du marché espère aussi interdire désormais à MGA de commercialiser toute poupée étiquetée "Bratz".

De quoi mettre en difficulté le groupe. MGA, distribue d'autres jouets, notamment des produits dérivés de Spiderman et du dessin animé Shrek, mais l'essentiel de ses profits, qui ne sont pas publics, seraient liés à l'univers de cette petite poupée.

Selon John Quinn, l'avocat de Mattel, MGA, en pertes en 2000 serait sorti du rouge uniquement grâce au lancement de Bratz.

"Dans l'histoire il n'y a eu que deux poupées qui ont eu un réel succès chez les petites filles, Barbie et Bratz", constate M. Quinn.

L'arrivée de la Bratz, moderne, un brin subversive, a en effet bouleversé l'univers des poupées mannequins aux Etats-Unis et en Europe largement dominé, jusqu'en 2001, par Mattel et sa Barbie.

Avec l'arrivée de Bratz, "Mattel a souffert, se souvient Jackie Pellieux PDG de JouéClub, une enseigne de distribution spécialisée.

En France, les petites filles se sont ruées sur la Bratz, plus rock & roll, avec ses couleurs vives et un emballage révolutionnaire".

En quelques mois la Barbie, son rose à outrance et ses accessoires de princesses est presque devenue "ringarde", constate-t-il.

En fragilisant ainsi MGA, Mattel espère sans doute regagner le terrain perdu.

Mais, avec ou sans Bratz, l'ensemble du marché des poupées mannequins décline au profit, notamment, de consoles de jeux.

Au second trimestre les ventes de Barbie ont reculé de 6 %.

Et selon les remontées des distributeurs, les ventes de la Bratz, s'essoufflent aussi depuis deux ans.

Avec 80 millions de poupées barbie vendues en moyenne chaque année dans le monde, soit "trois poupées par petite fille", selon le groupe, Mattel reste toutefois confiant pour faire face à la morosité du marché.

Claire Gatinois  (Le Monde 28-08-08)