Après la révolution
industrielle, une révolution conceptuelle

Édito de J. Y. Gauchet, vétérinaire & immunologiste,
sur l’article de Didier Feret proposant le recours
au droit d’auteur, pour les inventions d’ordre scientifique.
Incontestablement, l' art de l’ingénieur n’est plus ce qu’il était. Le maître des techniques, qui voulait dompter la Nature, et imposer son intelligence, par des équations rigoureuses, des réalisations admirablement structurées, laisse la place à des esprits plus sensitifs, en phase avec leur environnement, mais aussi naturellement individualistes.
Bien des inventions actuelles reposent plus sur une compétence intuitive (logiciels, concepts multi médias).. un esthétisme, ou une connivence-consommateur, que sur un savoir technicien. Cette évolution se retrouve également en agriculture, en médecine, dans les loisirs.
Et les marchés évoluent : Nous consommons de plus en plus de l’impalpable, voire du virtuel.
Alors, de là à ce que les ingénieurs deviennent des artistes…
Didier Feret, dans son article, et avec une fougue verbale qui nous tient en haleine, propose que, pour l’inventeur indépendant, la solution moderne, efficace et économique, pour protéger son invention, soit le Droit d’auteur industriel.
Le Droit d’auteur est désormais bien structuré pour les œuvres de l’esprit de type artistique.
Différents organismes gèrent férocement les droits de leurs cotisants, en matière de musique, d’œuvres littéraires ou graphiques. Ce qui n’empêche pas de déposer à l’INPI des modèles graphiques, ou des noms de marques… en particulier, s’ils n’ont rien d’original : Exemple Je peux déposer la marque Vercingétorix, pour vendre tel ou tel produit… mais je n’en suis pas l’auteur… Il est dans tous les livres d’histoire.
Car le droit d’auteur est, paradoxalement, plus contraignant quant aux qualités de l’œuvre de l’esprit : Cette œuvre doit être originale, et exister, sous forme d’un écrit, d’une photo, d’un témoignage. Contrairement au brevet, qui expose une œuvre de l’esprit conforme aux règles de l’Art, que personne n’a encore décrite (recherche d’antériorités négatives) mais qui, peut-être, n’existera jamais, même sous forme de prototypes.
Combien de molécules sont brevetées, avec un CH3 ou un radical phénol baladeurs, uniquement pour prendre position, alors que le médicament ne sortira jamais ?
Paradoxalement, le système du brevet protège des inventions très bien décrites, mais très souvent virtuelles, alors que les Droits d’auteurs, réservés aux artistes (?) protègent du concret et du réel.
Puisque les logiciels ne sont pas brevetables (et il en sera de même en génétique, car si l’ADN breveté est la grammaire de la vie, les ARN qui en sont les mots, échappent à toute appropriation.)
Des pans entiers de la richesse économique, et des efforts de recherche, vont glisser dans le domaine du droit d’auteur scientifique. Avec des implications nouvelles, jusqu’ici inattendues.
Ainsi, des chercheurs peuvent breveter en commun, avec l’Université qui a financé leur laboratoire. Mais qu’en sera-t-il du Droit d’auteur, qui est attaché seulement à celui qui a trouvé ? Et, s’ils sont dix chercheurs, quelle est la part intellectuelle de chacun ?
Mais la tendance est donnée. Nous en suivrons, bien sûr, les évolutions, dans Effervesciences.